trizac – vincent

c’est très beau, sans apprêt, c’est sage et lourd, tranquille, posé là dans le gris comme humble et comme carré de terre à vivre, mains dans les poches à observer les oiseaux, la fumée, le givre quand il fait froid ; c’est beau et incompréhensible, ça ne peut pas se prendre « à bras », ça peut seulement se traverser ou se frôler, en faire le tour est déjà un voyage qui trompe et retourne sur soi ; et incompréhensible cette vie haute, puissante, majestueuse, qui se laisse manier doux – je n’ai jamais compris pourquoi, comment -, les chevaux devraient s’en aller par monts par mondes en nous faisant des bras d’honneur, nous envoyer des rictus aigres avec leurs grandes dents rectangulaires et hennir ça suffit ! et ruer et crier, sabots dans barricades, rugir, escalader, sauter, tout rompre ; au lieu de ça se couchent et implorent l’affection ou la tranquillité, obéissent, tournent en rond, années lumière d’ennui, ces efforts gentils qu’ils doivent faire, et la caresse mendiée, et nous si peu reconnaissants, inconscients, malingres, debout sur nos jambes laides, bornés à imiter la course  

pistes suivies → hasard de Globe genie vers Trizac (où j'apprends comme une litanie, listalaPrévert qu'il y a une "banque postale, un bureau de tabac, une école (...)" et en cherchant des images tout de suite celle du cheval superbe me fait penser à ce que je ne comprends pas

François Bonneau, Le vent quand il ne souffle pas – vases communicants octobre –

«(…) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre-? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (…)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.

***

Grand plaisir d’échanger ce jour avec François Bonneau du blog L’irrégulier

auteur d’un texte hors norme et presque « hors dimension » (ou plutôt d’une dimension inhabituelle)  

Millimètres

objet sonore et fragmenté, expérience réelle, intérieure, ne ressemblant à aucune autre, avec pistes de lectures multiples .

« C’est une voix en lutte contre la pensée qui décortique, la pensée qui règle et organise le monde, la ville, notre présent. Mais on ne mène pas cette lutte à distance : on va tout auprès, tout contre de ce qui plie, craque, grince, tranche. On bat la mesure. »

C’est au contraire vers le ‘massif’ que nous avons orienté ce vase communiquant en choisissant notre thème commun, la voiture.

 

Le vent quand il ne souffle pas.

La clé, on pourra l’arracher là-bas ; le silence, alors, se percera des cliquetis irréguliers du moteur qui refroidit.

Plus tard, moteur éteint, je ferai ce que fait le vent quand il ne souffle pas.

Pour l’heure, rouler encore, vitres closes.

Sur une aire de repos, on croisera cette jeune fille, dans sa Mercedes antique et vaste, une qui tracte plus qu’elle ne propulse, une qui préfère baisser ses phares. Une qui a mis les bouts.

Pneu crevé, on consolera celui qui maudissait sa citadine, celui qui, dit-il, a déserté le caillon, qui agite le manche du cric, qui se couche sous son véhicule, qui n’a pas si souvent l’occasion d’observer le labyrinthe qui déborde là dessous, pneu crevé tout de même, il se dira qu’elle n’est pas si mauvaise que ça, et maintenant la manivelle.

Passage cédé, on avancera, parallèle à celle qui ferme ses yeux face au rétroviseur et qui se remaquille, on avancera, toujours parallèles, malgré ce compte-tour qui, régulièrement, grimpe encore et s’agace, malgré les voyants et les avertisseurs, malgré ce plein qu’il faudra bien faire, tôt ou tard.

On aura beau retarder l’érosion, il faudra bien, plus loin plus tard, couper le contact.

Moteur éteint, je ferai ce que fait le vent quand il ne souffle pas.

François Bonneau

qui prend ma place

comme je prends la sienne, ce jour

Les autres auteurs en rendez-vous de vases communicants aujourd’hui peuvent être lus à cette adresse, grâce à Brigitte Célérier (irremplaçable) et à son attention sans faille, grand merci à elle !

roncade – rosa

fenêtres closes, géométrie-question, celles qu’on se pose : il y aurait eu un grand départ, une tragédie, prirent leurs sacs, se crièrent de se dépêcher ? portes qui claquent refermées pour longtemps sur d’inimaginables jouets, guéridons, photos, lampes et statues de jeune fille à la fontaine et portrait du grand-père en pied, grand chapeau noir et des assiettes accrochées bordées de cassis de fougères, les portes sont fermées sur ces reliques plus de lumière ; fenêtre closes et neuves, personne encore n’y vit ? ça sent la peinture fraîche et le plâtre récent, les carrelages sont blancs, avec quelques morceaux de scotch d’emballage, sur les vitres des bandes avec le sigle de l’entreprise, et qui viendra ; à roncade un château, qui fut neuf, poussière de pierre à peine soulevée, et ancien, mousse sur piédestal noirci, et pluie, mettre un chapeau à larges bords, prendre la pose, rosa est la plus vieille, rosa stella son nom entier, rose et étoile qui vécut tant et tant, je crois que dieu m’a oublié ? dit-elle, au grand départ, questions

pistes suivies → hasard de Globe genie, fiche de Roncade en italien, puis des images dont le château, et la doyenne (si c'était elle sur la photo ?)

distances #6 point b

Point B

À l’autre bout / angle / transversale, se placer au point B, derrière soi Champagney, éclairé, vert (et même une vieille école brune et un rond point plus haut le lavage de voitures, elles brillent toutes, des ados assis sur un muret discutent dans l’air si transparent qu’on ne le voit pas) mais de retour vers R, la brume.

C’est bien un signe qu’il y a terrain à explorer. Qu’il ne se livre pas d’entrée, ou qu’il prétend ; qu’il pourrait se laisser traverser sans autres sons que clignotants, frottements, moteur et la radio [ … était sur la table du conseil exprimer leur colère et leurs exigences quatre-vingt-dix minutes convaincre la phase finale sondages nationaux phase de reconstruction match aller à domicile sur les régions de l’ouest et du nord… ] que du bruit assourdi, les tuyaux fins ne laissent passer que les grains qui conviennent, même procédé qu’avec les pommes de terre à calibrer, roulées sur des planches qui vibrent, rainurées, les petits modèles fragmentés, tombent on ne sait où.

Dans la brume, les traînées longues des fils électriques se tendent se pendent en point de fuite, nonchalantes jusqu’au bout – bout qui n’existe pas -, il faut suivre les ponts à l’envers au ciel, les mêmes qu’on dessinait au feutre enfant (Théodolite ne mesure pas cette distance, ce qui changea nos doigts en autres doigts, on ne regarde pas ses mains pendant qu’elles sèchent se rident se fripent, ce n’est que brutalement qu’on envisage – et apparaissent – ridules et grains de sables neufs, nos mains d’enfant couvertes d’une peau supplémentaire, trop lâche, mal accordée, mais tiède et proche ; si dans le crâne se sont nos petites mains qu’on presse, que nous pour s’étonner de voir la différence).

Les maisons hors de brume, toujours une qui nous dit quelque chose. Celle-là avec ses yeux-volets, sa grande oreille de parabole, aux hanches pieds de tomate, un col froissé fleuri, un lavabo abandonné comme une broche ovale qu’une vieille dame garde à l’épaule, même décoiffée. Et pendentif sur sa porte, une petite couronne de branches d’un noël sans ruban sur lequel il a plu, décor infime, la brume passe.

Ce que la brume cache est mystérieux, on n’écarte un rideau et rien, rien qu’un autre rideau, on fouille du bras, la brume dissipée s’est reformée ailleurs, plus loin, ce serait une course sans fin si le théodolite ne traçait pas ses lignes nettes. Rassurantes ou expéditives. Il faudrait faire parler les gens, laisser les bruits du dire se propager, le dire du sens courber la peau de la brume élastique. À moins que l’expérience ne cache une autre brume, que les paroles voilent autre chose, ou qu’elles ne disent que du tranchant, l’enfermement qu’on pourrait craindre. Est-ce que la brume disperse, nous met tous à l’égal, est-ce qu’elle plombe ?

(plombe – plus loin il y a une ville en creux, les maisons à étages dégringolade statique, sur la route qui en fait le tour, en hauteur, la brume existe, immobile, grasse, patiente, et c’est comme une ville vitrifiée, scellée dans l’ambre – Plombière)

maldegem – hildur

être debout un choix inconfortable, allonge, champs tournent et ciel tourne, tourbillon, les cimes des arbres se touchent, aplat, s’allonge, brins d’herbe couchent, bras d’herbe, allonge, étreinte, oreille au sol allonge, terre copeaux à brasser, le son sous la terre se lève

pistes suivieshasard de Globe genie, étendue large, sa résonance, rien d'autre qu'entendre

uusimaa – gustav

uusimaa, nouveau pays, ça semblait prometteur, y vivre obstinément sous la première église, s’y allonger sous le premier cimetière (est-ce ainsi ? les cimetière donnent l’emplacement des villes ?) et puis la rage, le sang, les hordes de peuples conquérants dévastateurs, trucident, passent par le fil des armes (comme c’est bien dit et comme ça exonère de la saleté poisseuse des entrailles), un homme jeune règne, vingt-quatre ans, sans père, sans frère, quatre mille paysans le portent, gustav engage des mercenaires, nombreux, nombreux, les paye avec des pièces carrées au lieu des rondes, puis il s’éteint, enluminure, barbe taillée, yeux tristes ou méprisants ou harassés et un seul gant en main, partons vite il semble dire, je suis las, vite partons, où est le pays neuf ? uusimaa, ça semblait prometteur, les promoteurs boulonnent et scellent des barres rigides à quadriller de blanc bitume, l’ombre d’une tête dépasse, je m’en vais, felix imperio fatiguant fatigué, fatigue

pistes suivies → hasard de Globe genie, chercher Uusimaa, sa fiche, puis celle d'Helsinki et le premier qui passe s'appelle Gustav Vasa (au passé simple)

brisbane – made-man

un train pour brisbane, un train pour mian-jin, un train pour l’endroit pointu, un train dirigé comme une flèche vers la pointe et une fois arrivé au bord du plan du gouffre de la terre, se cale derrière soi le train vers le fleuve, le train vers les moulins à vent, le train en haut des tours, reflet orange en caresse, le train vers l’eau et au-dessus un pont et l’église encerclée, pointes vaines, train vers une lettre d’eau, un S un W qui plonge dans la mer, un train comme une phrase à écrire qui cherche ses appuis, se traverse de barres métal et grouille de monde, un train comme une phrase qui se déverse et les virgules mouvantes, les points s’avalent se laissent recouvrir, un train comme une écriture lancée, loin, frôle un dos et un sac et continue

pistes suivies → hasard de Globe genie, fiche de Brisbane sur wikipedia et galerie de photos jusqu'à cet homme de dos dont je ne sais pas le nom

bernay-andré

derrière les arbres une autre route, je regarde une route parallèle à la route parallèle où je suis mais sans l’être (miroir mensonge et faux reflets qui sont réels) et c’est bien déroutant ; sous le fouillis de branches ce qui se cache, sous le fouillis de lierre peut-être un tronc, peut-être pas, peut-être une canne ou un javelot ou une hampe de drapeau, on serait berné à bernay ; alors chercher dans les images quand arrive celle d’une dactylo, la pauvrette bien embarrassée, l’air perdu, l’air désorienté au milieu de feuillets roulés, à ses doigts une lettre grise annonce une mauvaise nouvelle, qu’est-ce qu’elle va faire ? surtout qu’il n’y a, à bernay, personne pour dire qui la connait et il faut fouiller creuser, dérouler les feuillets de papier, déplier les feuilles des branches, écarter le lierre du tronc, trouver un nom, voilà, andré, il doit savoir comment l’aider, Oh et puis mare, il répond

pistes suivies  → hasard de Globe génie,  fiche wikipedia de Bernay (Edith Piaf, un pilote d'avion voltigeur...), une recherche d'images m'amène sur celle-ci mais je dois bien ramer pour trouver qui l'a peinte, ce qui m'étonne (quand on présente un tableau, ce serait peut-être logique d'y accoler le nom du peintre ?), d'autres recherches, avec dactylo-bernay-peintre, et voilà qu'André Mare sort de l'ombre, architecte et décorateur, ce qui me rappelle le décor de départ et son mystère 

nardò – caporale

caporale n’a pas de nom, mais qui en a, personne / les hôtels ont des noms, les vacanciers et les marchés du sud si colorés aussi / dormir par terre sans son nom, les papiers par le caporale confisqués / brouette joli jardin et récipients pleins d’eau, mais l’eau ils payent, les sans noms, juste à côté / pastèques rondes, on passe sans savoir quoi faire, on dit sans savoir dire, sans dire oui on acquiesce, on passe en détournant les yeux, on chante une autre chansonnette, on mange on respire un autre air, c’est dans un autre corps qu’on vit, et elle n’a pas de nom cette ignorance

pistes suivies → hasard de Globe genie et une recherche sur le net amène directement ici et

il y avait quelqu’un / dans la rue un soir d’été

c’est dans la collection « Ouvrez ! » :

1 fiction, 1 euro, 1 heure, chaque semaine

Grand-mère me glisse un sandwich au köfte et au yaourt dans mon sac et « de quoi t’acheter un cadeau » dans ma poche. Je cours pour attraper le minibus qui mène au port et regarde la cité de vacances rétrécir derrière moi. « Une nouvelle lire turque » me dit le chauffeur, et je lui tends la monnaie tout en observant la route poussiéreuse. Istanbul m’attend, pour me rendre à Bruxelles. Arrivée à Yenikapı, je me précipite vers l’arrêt de bus qui mène à l’aéroport. Je ne fais qu’apercevoir les minarets de la mosquée bleue et de Sainte Sophie, et j’entends retentir l’appel à la prière. Je repense à cette femme sur la plage. Elle est peut-être là quelque part, derrière moi ? Je me mets à courir et me jette dans le premier bus de l’arrêt. Assise dans le fond, je pose ma tête sur la fenêtre et j’attends que ça passe. Après vingt minutes, j’aperçois l’aéroport et je me lève, prête à quitter le véhicule même en mouvement. Le check-in est rapide, la file au contrôle d’identité n’est pas trop longue, j’ai de la chance. Je tiens en main mon passeport bleu orné de sa demi-lune dorée et de son étoile, je l’ouvre et je regarde mon image intégrée à la première page. Je caresse la photo de mon pouce et je souris

extrait de Il y avait quelqu’un il y avait personne

de Canan Marasligil

sur twitter @Ayserin

 

Il avait fallu recentrer son regard sur le reste du monde les voitures traversant les piétons croisant et la pendule lointaine aux heures figées et le garçon de café apparaissant disparaissant plus ou moins chargé

Il avait fallu comprendre de quelles teintes les choses étaient et leur matière et la lumière qu’elles portaient pour redécouper la scène en tableaux successifs en plans parallèles du jaune sur son dos pour le confondre à la chaise et la ford d’en prendre la couleur comme or et cette enseigne métropolitain de répondre encerclé d’un vert d’ombre
Il avait fallu attendre que le train bleu s’éclaire points jaunes épars derrière le verre et au gré des passants vêtus aléatoirement retrouver la teinte de la lumière celle qui pointe qui perce fière puis l’oublier et découvrir autour un gris fait de vert dominer sur la route les façades des tours proches les stores comme des ventres et les autos de passage un gris liant chaque chose que le jaune révélait
d’Emmanuel Delabranche
sur twitter @edelabranche