nairn-annie

ne pas savoir ce ciel, de quand il date, les nuages sans âges, mécanique dépourvue de fer, ça se délite se reconstruit à l’identique un pas plus loin, et s’y porter, avancer dans l’espace, au milieu du brouillard mousse enveloppe charnue à traverser d’un doigt, qu’on laisse derrière nous, dans le vide noir profond, avancer, météorites étoiles point de repères mobiles qu’il faudrait oublier et désapprendre à s’orienter, laisser les souvenirs, les anticipations, sentir pointue la petite peur, le vide, le vide, peur qu’on ne laisse pas s’installer, qu’on frape avant le grand vertige, chercher les bords perdre les murs, ne pas tomber (il y a ce genre de cauchemar où l’on tombe sans s’arrêter sans même savoir s’il y a un bas, ne pas savoir est terrifiant) alors garder la petite peur petite et l’écraser avant qu’elle prenne toute la place, tu vois ce ciel sans âge flotter mousse, flotter gronde, tourbillons de vapeur, tu te repères aux gens et surtout aux visages, ils te sourient, te montrent des poissons, fièrement, font du cheval, ils jouent aussi, beaucoup, lancent des balles lancent des billes, établissent des classements, s’émerveillent des points, se désolent de manquer des buts, continuent de sourire, leurs visages tous, celui d’un homme joyeux ou d’une femme en vacances, marchent près du vertige, nuages sans âges, marchent près des comètes, peur écrasée, marchent au bord de la vieille femme de bronze aux yeux vacants

pistes suivies → hasard de Globe genie vers Nairn, recherche d'images, nombreuses, Annie Ralph

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uruapán-sandra

les bandes jaunes se dédoublent, se détriplent, rien à attendre du réel, que du glissement, les capteurs ripent, se croisent, les barrières montent, les vitres noires avalent les arbres peints, un volcan sort de terre, doucement, quelques mètres à la fois, les paysans s’étonnent, les champs deviennent courbes, les charrues doivent grimper toujours plus chaque jour, évitent le cratère petit qui s’est creusé, c’est un volcan très lent qui gronde peu, un murmure de cascade à lave molle, qui ne brûle presque pas, les paysans s’éloignent et reconstruisent leurs cabanes plus loin en évitant de regarder la bouche oblique, d’entendre ce qu’elle dit, même de la regarder ; sandra tourne le dos au centre, pour ça qu’elle peut sourire

pistes suivies → hasard de Globe genie, recherche d'Uruapán et de photos, Sandra arrive en même temps qu'une légende sans conclusion

moskenesøya-jack

panneau indéchiffrable, cailloux bordure et Haut les crêtes et Ô les crêtes, respirer un air tailladé, se sentir engoncé, petit, ou éclaté, pointes montagnes et pics vertige, baies protégées, côtes découpe à la découpe et anomalie climatique, jack sous une tente bleue comme une goutte, d’eau, eau, haut, Ô, un lac émeraude, une mouette, son cri indéchiffrable repousse les bords, les bords rugueux du ciel de l’eau, est-ce qu’on reste seulement ce qu’on est, là-bas ?

pistes suivies → hasard de Globe genie, fiche de Moskenesøya, qui mène aux îles Lofoten, et en cherchant l'image le bleu de Jack qui happe

trizac – vincent

c’est très beau, sans apprêt, c’est sage et lourd, tranquille, posé là dans le gris comme humble et comme carré de terre à vivre, mains dans les poches à observer les oiseaux, la fumée, le givre quand il fait froid ; c’est beau et incompréhensible, ça ne peut pas se prendre « à bras », ça peut seulement se traverser ou se frôler, en faire le tour est déjà un voyage qui trompe et retourne sur soi ; et incompréhensible cette vie haute, puissante, majestueuse, qui se laisse manier doux – je n’ai jamais compris pourquoi, comment -, les chevaux devraient s’en aller par monts par mondes en nous faisant des bras d’honneur, nous envoyer des rictus aigres avec leurs grandes dents rectangulaires et hennir ça suffit ! et ruer et crier, sabots dans barricades, rugir, escalader, sauter, tout rompre ; au lieu de ça se couchent et implorent l’affection ou la tranquillité, obéissent, tournent en rond, années lumière d’ennui, ces efforts gentils qu’ils doivent faire, et la caresse mendiée, et nous si peu reconnaissants, inconscients, malingres, debout sur nos jambes laides, bornés à imiter la course  

pistes suivies → hasard de Globe genie vers Trizac (où j'apprends comme une litanie, listalaPrévert qu'il y a une "banque postale, un bureau de tabac, une école (...)" et en cherchant des images tout de suite celle du cheval superbe me fait penser à ce que je ne comprends pas

François Bonneau, Le vent quand il ne souffle pas – vases communicants octobre –

«(…) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre-? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (…)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.

***

Grand plaisir d’échanger ce jour avec François Bonneau du blog L’irrégulier

auteur d’un texte hors norme et presque « hors dimension » (ou plutôt d’une dimension inhabituelle)  

Millimètres

objet sonore et fragmenté, expérience réelle, intérieure, ne ressemblant à aucune autre, avec pistes de lectures multiples .

« C’est une voix en lutte contre la pensée qui décortique, la pensée qui règle et organise le monde, la ville, notre présent. Mais on ne mène pas cette lutte à distance : on va tout auprès, tout contre de ce qui plie, craque, grince, tranche. On bat la mesure. »

C’est au contraire vers le ‘massif’ que nous avons orienté ce vase communiquant en choisissant notre thème commun, la voiture.

 

Le vent quand il ne souffle pas.

La clé, on pourra l’arracher là-bas ; le silence, alors, se percera des cliquetis irréguliers du moteur qui refroidit.

Plus tard, moteur éteint, je ferai ce que fait le vent quand il ne souffle pas.

Pour l’heure, rouler encore, vitres closes.

Sur une aire de repos, on croisera cette jeune fille, dans sa Mercedes antique et vaste, une qui tracte plus qu’elle ne propulse, une qui préfère baisser ses phares. Une qui a mis les bouts.

Pneu crevé, on consolera celui qui maudissait sa citadine, celui qui, dit-il, a déserté le caillon, qui agite le manche du cric, qui se couche sous son véhicule, qui n’a pas si souvent l’occasion d’observer le labyrinthe qui déborde là dessous, pneu crevé tout de même, il se dira qu’elle n’est pas si mauvaise que ça, et maintenant la manivelle.

Passage cédé, on avancera, parallèle à celle qui ferme ses yeux face au rétroviseur et qui se remaquille, on avancera, toujours parallèles, malgré ce compte-tour qui, régulièrement, grimpe encore et s’agace, malgré les voyants et les avertisseurs, malgré ce plein qu’il faudra bien faire, tôt ou tard.

On aura beau retarder l’érosion, il faudra bien, plus loin plus tard, couper le contact.

Moteur éteint, je ferai ce que fait le vent quand il ne souffle pas.

François Bonneau

qui prend ma place

comme je prends la sienne, ce jour

Les autres auteurs en rendez-vous de vases communicants aujourd’hui peuvent être lus à cette adresse, grâce à Brigitte Célérier (irremplaçable) et à son attention sans faille, grand merci à elle !

roncade – rosa

fenêtres closes, géométrie-question, celles qu’on se pose : il y aurait eu un grand départ, une tragédie, prirent leurs sacs, se crièrent de se dépêcher ? portes qui claquent refermées pour longtemps sur d’inimaginables jouets, guéridons, photos, lampes et statues de jeune fille à la fontaine et portrait du grand-père en pied, grand chapeau noir et des assiettes accrochées bordées de cassis de fougères, les portes sont fermées sur ces reliques plus de lumière ; fenêtre closes et neuves, personne encore n’y vit ? ça sent la peinture fraîche et le plâtre récent, les carrelages sont blancs, avec quelques morceaux de scotch d’emballage, sur les vitres des bandes avec le sigle de l’entreprise, et qui viendra ; à roncade un château, qui fut neuf, poussière de pierre à peine soulevée, et ancien, mousse sur piédestal noirci, et pluie, mettre un chapeau à larges bords, prendre la pose, rosa est la plus vieille, rosa stella son nom entier, rose et étoile qui vécut tant et tant, je crois que dieu m’a oublié ? dit-elle, au grand départ, questions

pistes suivies → hasard de Globe genie, fiche de Roncade en italien, puis des images dont le château, et la doyenne (si c'était elle sur la photo ?)

distances #6 point b

Point B

À l’autre bout / angle / transversale, se placer au point B, derrière soi Champagney, éclairé, vert (et même une vieille école brune et un rond point plus haut le lavage de voitures, elles brillent toutes, des ados assis sur un muret discutent dans l’air si transparent qu’on ne le voit pas) mais de retour vers R, la brume.

C’est bien un signe qu’il y a terrain à explorer. Qu’il ne se livre pas d’entrée, ou qu’il prétend ; qu’il pourrait se laisser traverser sans autres sons que clignotants, frottements, moteur et la radio [ … était sur la table du conseil exprimer leur colère et leurs exigences quatre-vingt-dix minutes convaincre la phase finale sondages nationaux phase de reconstruction match aller à domicile sur les régions de l’ouest et du nord… ] que du bruit assourdi, les tuyaux fins ne laissent passer que les grains qui conviennent, même procédé qu’avec les pommes de terre à calibrer, roulées sur des planches qui vibrent, rainurées, les petits modèles fragmentés, tombent on ne sait où.

Dans la brume, les traînées longues des fils électriques se tendent se pendent en point de fuite, nonchalantes jusqu’au bout – bout qui n’existe pas -, il faut suivre les ponts à l’envers au ciel, les mêmes qu’on dessinait au feutre enfant (Théodolite ne mesure pas cette distance, ce qui changea nos doigts en autres doigts, on ne regarde pas ses mains pendant qu’elles sèchent se rident se fripent, ce n’est que brutalement qu’on envisage – et apparaissent – ridules et grains de sables neufs, nos mains d’enfant couvertes d’une peau supplémentaire, trop lâche, mal accordée, mais tiède et proche ; si dans le crâne se sont nos petites mains qu’on presse, que nous pour s’étonner de voir la différence).

Les maisons hors de brume, toujours une qui nous dit quelque chose. Celle-là avec ses yeux-volets, sa grande oreille de parabole, aux hanches pieds de tomate, un col froissé fleuri, un lavabo abandonné comme une broche ovale qu’une vieille dame garde à l’épaule, même décoiffée. Et pendentif sur sa porte, une petite couronne de branches d’un noël sans ruban sur lequel il a plu, décor infime, la brume passe.

Ce que la brume cache est mystérieux, on n’écarte un rideau et rien, rien qu’un autre rideau, on fouille du bras, la brume dissipée s’est reformée ailleurs, plus loin, ce serait une course sans fin si le théodolite ne traçait pas ses lignes nettes. Rassurantes ou expéditives. Il faudrait faire parler les gens, laisser les bruits du dire se propager, le dire du sens courber la peau de la brume élastique. À moins que l’expérience ne cache une autre brume, que les paroles voilent autre chose, ou qu’elles ne disent que du tranchant, l’enfermement qu’on pourrait craindre. Est-ce que la brume disperse, nous met tous à l’égal, est-ce qu’elle plombe ?

(plombe – plus loin il y a une ville en creux, les maisons à étages dégringolade statique, sur la route qui en fait le tour, en hauteur, la brume existe, immobile, grasse, patiente, et c’est comme une ville vitrifiée, scellée dans l’ambre – Plombière)