il y avait quelqu’un / dans la rue un soir d’été

c’est dans la collection « Ouvrez ! » :

1 fiction, 1 euro, 1 heure, chaque semaine

Grand-mère me glisse un sandwich au köfte et au yaourt dans mon sac et « de quoi t’acheter un cadeau » dans ma poche. Je cours pour attraper le minibus qui mène au port et regarde la cité de vacances rétrécir derrière moi. « Une nouvelle lire turque » me dit le chauffeur, et je lui tends la monnaie tout en observant la route poussiéreuse. Istanbul m’attend, pour me rendre à Bruxelles. Arrivée à Yenikapı, je me précipite vers l’arrêt de bus qui mène à l’aéroport. Je ne fais qu’apercevoir les minarets de la mosquée bleue et de Sainte Sophie, et j’entends retentir l’appel à la prière. Je repense à cette femme sur la plage. Elle est peut-être là quelque part, derrière moi ? Je me mets à courir et me jette dans le premier bus de l’arrêt. Assise dans le fond, je pose ma tête sur la fenêtre et j’attends que ça passe. Après vingt minutes, j’aperçois l’aéroport et je me lève, prête à quitter le véhicule même en mouvement. Le check-in est rapide, la file au contrôle d’identité n’est pas trop longue, j’ai de la chance. Je tiens en main mon passeport bleu orné de sa demi-lune dorée et de son étoile, je l’ouvre et je regarde mon image intégrée à la première page. Je caresse la photo de mon pouce et je souris

extrait de Il y avait quelqu’un il y avait personne

de Canan Marasligil

sur twitter @Ayserin

 

Il avait fallu recentrer son regard sur le reste du monde les voitures traversant les piétons croisant et la pendule lointaine aux heures figées et le garçon de café apparaissant disparaissant plus ou moins chargé

Il avait fallu comprendre de quelles teintes les choses étaient et leur matière et la lumière qu’elles portaient pour redécouper la scène en tableaux successifs en plans parallèles du jaune sur son dos pour le confondre à la chaise et la ford d’en prendre la couleur comme or et cette enseigne métropolitain de répondre encerclé d’un vert d’ombre
Il avait fallu attendre que le train bleu s’éclaire points jaunes épars derrière le verre et au gré des passants vêtus aléatoirement retrouver la teinte de la lumière celle qui pointe qui perce fière puis l’oublier et découvrir autour un gris fait de vert dominer sur la route les façades des tours proches les stores comme des ventres et les autos de passage un gris liant chaque chose que le jaune révélait
d’Emmanuel Delabranche
sur twitter @edelabranche

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2 réflexions sur “il y avait quelqu’un / dans la rue un soir d’été

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