distances

Indications

La distance qui me sépare de R est d’environ douze kilomètres – distance calculée entre mon lieu de vie et son centre, on pourrait dire d’un centre à l’autre. Constat qui sert à indiquer un postulat, les termes d’une supposition : qu’il sera question de distances, d’angles, triangulation, champ rond, hauteurs, largeurs, puits, profondeurs, élévations, toutes formes de dimensions jusque-là silencieuses, s’ajoutant à d’autres écarts invisibles. Théodolite, l’instrument, en appelle d’autres, ressemble presque à un prénom, et je garde l’idée de mesurer aussi l’impondérable, la figure étrangère.

La distance installée entre soi et le mot qu’on écrit. Je croyais qu’il fallait tendre, tenter peut-être d’en diminuer l’écart, de raccourcir l’espace entre soi et le mot, c’est peut-être impossible, peut-être un sas incompressible, le tâter, en me dirigeant vers R.

Distance à l’avance

N’est pas très exprimable. Je la longe souvent, comme emportée par son orbite, je tournoie lentement autour de R. Certaine d’y arriver à un moment donné mais constatant que ce sillage draine des formes inhabituelles, tel hangar, entièrement verre sous toit de tôle, deux hommes seuls vus à travers les vitres jusqu’au sol, et autour d’eux une trentaine de mannequins, silhouettes de femmes, brillantes, nues, noires, plastifiées, de postures attentives et/ou indifférentes, le sentiment de décalage devant l’inquiétante colonie.

La voie rapide borde la route qui part vers R : deux fois j’y vois des convois exceptionnels. L’un, sa grande vis longue longue comme le poème du hareng saur, que vissera-t-elle dans quel sol dans quelle tourelle s’enfoncer et fixer quoi à quoi ? Et le second de deux camions portant chacun deux ailes pour planeurs, distendues, ou deux langues de murènes géantes, ou deux libellules repliées en une seule poche longiligne.

Sur cette route souvent ces convois lents clignotent, fragments lumières noël, comme une joie de les voir, pesants de leur petite fierté de briller, ou simplement une différence posée d’office, puisque eux savent peuvent toucher ce que le commun ne sait même pas imaginer, nommer, ces fabuleuses choses lisses et blanches, ventrues, pointues, turbines folles à la destination surnaturelle. Ce qui s’agglomère près de R. 

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Une réflexion sur “distances

  1. le sentiment que je devrais deviner ce qu’est R vers lequel se dirigent ces camions, mais le petit pois cerveau ne le peut et ne le veut – en reste à la distance parcourue par ces convois lents, en reste surtout à la distance entre soi et le mot

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