le vain et toutes ces choses

J’ai un problème avec le clinquant.

Sans doute que je ne sais quelles en sont les limites, comment les dévoiler clairement pour en parler avec autrui et peut-être réfléchir avec d’autres sur ce que ce clinquant recouvre. Car il recouvre, au sens propre, le clinquant que j’ai en tête musèle, empêche, clos, interrompt et fait disparaître.

Le clinquant c’est facile à cerner quand il avance sans masque, cliquant Gala clinquant Ici Paris et quelle robe sophie marceau va-t-elle porter, toutes ces fadaises gentilles de salon de coiffure, de salle d’attente de dentiste (je dis « gentilles » parce qu’elles ne sont pas agressives, n’empêche, elles prennent du volume dans  l’espace de nos têtes pas vraiment extensible, une forme de petite violence secrète qu’on ne remet pas en cause sauf en s’en détournant, mais elle reste, tenace).

Le clinquant du bon mot et la posture, l’envol qui se regarde et cabotine, une autre forme de violence, et vain de lutter contre, comme si l’humain aimait de temps en temps se faire plaisir avec une claque bien sentie qu’on envoie ou qu’on regarde faire, des jeux du cirques sans blessures sanguinaires écœurantes, on reste propre. C’est une position scandaleuse, qui produit des vaguelettes parfois très hautes, l’écume bien mousseuse, puis tout retombe en calme plat dans les cerveaux, ça se perd.

Et le clinquant du vain, c’est là mon gros problème, parce qu’où placer ce vain ? avec quel thermomètre je décide que ‘cela’ sert, que ‘cela’ ne sert pas, et comment je m’en sors avec mes décisions, mes choix (et avec mon ego qui prétend à une ouverture d’esprit panoramique, pauvre de moi).

Dans le clinquant que je n’arrive pas à cerner il y aurait contradiction (pour moi qui ne prétends pas être omniquoiquecesoit). Cette idée de se placer au centre de l’abjection pour mieux la dépecer et la dénoncer au final, clinquant. Faiseur de vagues très grosses, énormes, clinquantes, qui laisseront le paysage intact ensuite. Faire croire qu’on prend à bras le corps alors que c’est posture intellectuelle et qu’on boira du thé ensuite pendant que l’abjection travaille, inarrêtée.

Faire bouger les lignes, provoquer pour changer les mentalités, je veux bien, mais les lignes, une fois décalées, où on les place ensuite ?

Ça DSK et ça s’échauffe, mais est-ce qu’il y a progrès ? Ça Angotise l’inceste mais est-ce qu’il y a lutte ? Comme si l’extrême visible, le Sur toutes les Unes se donnait bonne conscience à rouler et rouler, mouvement d’écluse à  vider à remplir jusqu’au prochain scandale, au prochain mouvement d’eaux, boueuses, écumeuses, clinquantes : rien de changé.

Et quelle est l’épaisseur de ma peau et quelles sont mes défenses ? Petite violence que je reçois de Celle qui dit à la radio (une émission suivie, pignon sur rue & prescriptrice, presque une institution) « C’est un roman pour garçons parce qu’on y parle de voitures ». Elle qui parle : une fille genre féminin ayant fait des études. Née récemment et pas sous Georges Sand. Sûrement quand elle est née, j’avais déjà salaire, mes petits doutes déversés dans l’esprit d’enfants de quatre ans, leur affirmant clairement que oui, un garçon peut jouer à la poupée et oui une fille peut bricoler au coin garage dans la salle de classe de l’école maternelle de trifouillis les plombs où j’exerçais. Mais l’autre, avec son « roman pour garçon » elle prend tellement de place, clinquante, clinquante, impossible d’être de taille, toutes les comme-moi qui microscopiques voulaient déplacer la ligne plus que millénaire de la place du genre avec de si petits moyens et tellement peu d’éclats, commes écrasées, des cloportes inutiles. Pourtant pas vaines, j’aurais voulu.

Parce que le clinquant c’est aussi ce qui prend l’espace du petit, et l’humilité du petit, c’est moi ou ça ne dit rien à personne ? tellement de bruit que l’humble est muet, démembré, éteint, et c’est pourtant les millions d’humbles qui font tourner le monde en se prenant des vagues de clinquant dans la tête sans même râler.

Alors après, on va dire l’Art, et l’Art n’a pas la mission d’être utile il paraît, je trouve que si. Utile-unique et essentiel.

Bouger les lignes en provoquant (angot, les bienveillantes, je fais un paquet avec tout) et dire pas touche, c’est de l’Art, ça me fait peine, ma volonté un peu naïve que L’Art et les humbles soient liés, inextricables. Je n’aime pas qui danse sur les tombes et les vend. Ni qui prend de petits corps fragiles pour terrain d’expression esthétique. Ce vent, ces vagues mouvementées, peut-être que le cynisme aussi y participe ? sa froidure métallique, à vomir. Paroles portées parce que génératrices du vent d’elles-mêmes, le clinquant jouit de se reproduire expansif, ça donnerait presque envie de fermer les fenêtres et je ne peux vivre sans les ouvrir (comme si la contradiction vaine avait pouvoir de s’infiltrer, gangrène, même en moi qui veux m’en défaire, quelle vacherie).

(le mal, le bien, l’autorité et la censure, il va me falloir des renforts et vite, que les philosophes lèvent le doigt, je ne m’en sors pas avec toutes ces questions. Je sais juste que je n’aime pas le clinquant)

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6 réflexions sur “le vain et toutes ces choses

  1. Chère Christine, tu as eu la gentillesse de faire appel à moi. Je vais tenter de te répondre du mieux que je le peux mais tu as dit les choses de façon si fine et si bien insérée dans le concret du monde, que je ne crois pas pouvoir dire mieux que toi. Évidemment, il ne s’agit pas de dire mieux mais de retailler les facettes de l’idée, de la tourner, de la polir un peu davantage.

    Spontanément, ce à quoi ton agacement (que je partage entièrement) me fait penser, c’est à ce texte de Bachelard qui distingue si bien la curiosité de l’épistémophilie. La curiosité est le souci de constater la diversité du monde, et souvent ce qu’il a de plus incroyable et de plus surprenant. Elle est allée jusqu’à la fascination pour le « monstre » qui ont tellement occupé les esprits jusqu’aux foires du siècle passé. Tant qu’on se contente de ce souci de la diversité, selon lui, on a un état d’esprit opposé à la science, on est en quelque sorte fermé à la connaissance. C’est dans La Formation de l’Esprit scientifique. Les expériences de Mesmer sur l’électricité rendaient impossibles la compréhension du phénomène : on cherchait le spectaculaire, on ne cherchait pas à comprendre. Surtout pas, à la limite.

    Il me semble que ce que tu décris, avec le clinquant, c’est ce même état d’esprit. On saupoudre. Bien sûr, ce n’est pas une faute que d’être léger et de s’amuser, tu le dis d’ailleurs. Mais tout de même, je suis d’accord avec toi, c’est de la poudre aux yeux. Quels sont les effets de l’affaire DSK sur les plaintes pour harcèlement sexuel par exemple ? Et pourquoi la loi qui le définissait a-t-elle été abrogée, mettant un terme à toutes les procédures engagées, dont certaines contre des politiques ? La question n’est pas glamour, mais juridique et sociologique …

    Et puis le clinquant, c’est un peu le pain et les jeux. C’est pratique. On passe à autre chose très vite. Finalement, s’il peut y avoir de la place pour autre chose que pour le clinquant, c’est sans doute sur internet. On peut prendre son temps. Développer son espace, sa réflexion. Inventer des lieux, comme ce que tu fais ici, dans un nouveau lieu.

    C’est agaçant de voir les vraies questions anéanties sous le clinquant. Je suis d’autant plus touchée que tu aies fait appel à moi que j’ai du mal à définir le rôle social du philosophe. La philosophie n’est pas très clinquante … elle peut être corrosive (il me semble que c’est la définition qu’en donnait Pierre Bayle, d’ailleurs : une poudre corrosive). On passe du clinquant au corrosif : ce n’est pas la même poudre !

  2. « C’est pourtant les millions d’humbles qui font tourner le monde »…

    Je me sens complètement en phase avec ce que vous avez écrit. Le clinquant n’est-il pas lié aux questions de pouvoir? Pouvoir sur les esprits, pouvoir sur les corps.

    Je pense également que nous avons la chance, désormais, nous, les humbles, de poser les vraies questions sur Internet. Nous pouvons y exercer une forme de « résistance » aux idées reçues, aux stéréotypes, à la pensée unique, au pouvoir exercé par quelques faiseurs d’opinion qui tiennent le haut du pavé.

    Je pense également que la littérature, l’Art, ne sont jamais éloignés du politique.

    Il me semble aussi que de par le monde se cristallise un mouvement de protestation (d’indignation) de la multitude des petits contre les quelques-uns qui détiennent le pouvoir et s’y accrochent.

    Je ne voudrais pas donner l’impression d’être simpliste, manichéenne, avec le bon peuple d’un côté et les mauvais puissants de l’autre. Les questions de pouvoir traversent chacun d’entre nous.

    J’ai souvent eu l’impression d’être « perméable », c’est-à-dire de recevoir malgré moi une quantité d’injonctions que je voulais pas faire miennes, mais qui, d’une certaine façon, me « polluaient ». Notre travail personnel est sans doute d’apprendre à discerner…

  3. le brillant, le mat, cette parure, fausse peut-être, il manque au clinquant, il lui manquera toujours cette sorte de vérité, probablement de réalité, il est là, il brille d’un faux éclat et n’abuse personne. Une spontanéité qui n’existe que par le vrai, le clinquant n’est que faux, fausseté et paraître. J’ai comme l’impression de voir les héroïnes de Sir Alfred : Kim Novak; la future princesse de Monaco… ou Ingrid Bergman dans Stromboli : tout est faux, mais pourtant, non, le clinquant n’y est pas… Il y avait dans le port de la Goulette cet été un énorme bateau, une croisière qui venait de je ne sais où pour aller je ne sais où, des gens qu’on débarque et qui vont aux souks acheter des babioles fabriquées en Chine ou en Turquie, pour dix fois leur prix en dollars, et qui remontent dans le navire, immense, blanc, six ou sept ponts, qui s’en va à Malte, ou en Sicile. Voilà tout.
    Que dire de Lotus 7 ? Un roman pour garçon ? Rien que de l’écrire fait juste de la peine, ou rire, ou pleurer. Il ne faut pas se montrer perméable aux abrutissements que divulgue le monde de la radio, de la télévision et des journaux : cela ne nous concerne pas (regarde ce qu’ils disent de l’incendie de Fessenheim) on sait bien quoi dire, on a des choses à faire, et que les petites filles jouent au garage, les petits garçons à la poupée. Tu as raison, utile, unique, essentiel. Et beau. Merdauxconnards. Continue bien

  4. Clinquant ou kitsch. Il y a dans la vie des vanités qui s’élèvent au rang de l’art. Un art superflu et indigeste. Clinquant ou kitsch. Ces termes nous ont envahis au point d’en traduire une affreuse banalité. Nous ne sommes dans la légèreté de l’être mais dans l’artificiel lourdaud qui comme une chape nous confine à une existence asséchée des sources de l’art véritable. Il faut se rappeler Chénier : Voyez-les…. Vous habiller l’amour d’un clinquant précieux!

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